:::: MENU ::::

Passionné par les « gens » et curieux de ce qui m’entoure, je vous propose de découvrir en galeries de portraits, la région et ses habitants.

Posts Categorized / Petites histoires de la Grande Guerre

  • août 05 / 2014
  • 0
Petites histoires de la Grande Guerre

Etaples, des blessés par milliers

Cimetière militaire Etaples

En 1915, alors que la Grande Guerre a déjà fait des centaines de milliers de victimes, les armées s’organisent pour soigner le nombre grandissant de blessés. Sur la côte, l’ancien port de pêche d’Etaples va voir s’installer le plus grand centre hospitalier britannique de la Première Guerre mondiale.

Les blessés arrivaient par floppée, un bout de crâne ou de membre en moins, des brûlures et cloques plein le visage ou les poumons anéantis par les gaz lancés par l’ennemi. Mais ils étaient vivants et donc chanceux. Etaples, petite commune paisible de la côte d’Opale a vu le pire du pire, malgré sa position éloignée du front. L’horreur de la guerre sans vraiment participer aux batailles. « De Calais au Havre, il faut imaginer des hôpitaux tout le long de la côte mais en 1915, ces derniers n’étaient plus suffisants pour accueillir le nombre exponentiel de blessés sur le front. Etaples qui possédait encore quelques grands espaces dunaires a alors été réquisitionnée pour devenir le centre d’une zone logistique de première importance pour les forces britanniques. Elles y entraînaient leurs soldats et les soignaient à leur retour du front » explique Marianne Steenbrugge, conservatrice du Musée Quentovic, où une exposition retrace actuellement l’histoire de cet immense campement. Boulogne, d’où étaient débarqués les soldats de l’Empire Britannique, n’était qu’à quelques kilomètres et le chemin de fer qui longeait déjà toute la côte rendait la commune facilement accessible.

Ainsi, alors que la population d’Etaples avoisinait à l’époque les 5 000 habitants, plus de 70 000 hommes par mois transitaient dans le camp britannique entre les hôpitaux et les sites d’entrainement. Des Anglais mais aussi des Australiens, des Néozélandais, des Chinois… Au total, plus de deux millions d’hommes sont passés par là.

No. 7 Canadian General Hospital Library and Archives Canada  C-080026

Library and Archives Canada

IMG_7675

Soigner coûte que coûte

Pour autant, pas question pour la population locale de se mélanger avec les bataillons même pour porter secours aux soldats. « Les dames d’Etaples aidaient tout au plus pour le linge, le personnel soignant venait directement de Grande-Bretagne. Les habitants n’avaient pas le droit de rentrer dans le camp » poursuit la conservatrice. On préférait rester discret sur les atrocités vécues sur les champs de bataille. Blessés crâniens, grands brûlés, gazés, mutilés… une fois qu’ils arrivaient à Etaples après avoir été rafistolés dans des hôpitaux de fortune sur le front, les soldats étaient triés. « Par la force des choses, les hôpitaux d’Etaples (NDLR : une vingtaine en 1917) ont du se spécialiser, explique Marianne, mais de ce que j’ai pu lire, les cas psychiatriques ou encore les blessés à l’abdomen étaient particulièrement difficiles à soigner. La médecine était complètement démunie ».

Les QAIMNS (Queen Alexandra’s Imperial Military Nursing Service), infirmières professionnelles engagées dans le Service Infirmier Militaire et Impérial de la reine étaient formées par les chirurgiens puis elles délivraient elles-mêmes leurs enseignements aux infirmières professionnelles venues renforcer les effectifs. Les VAD (Voluntary Detachment of the British Red Cross), auxiliaires volontaires de la Croix Rouge, apprenaient quant à elles, les soins en quelques jours et sur le tas. Une simple infirmière pouvait à elle seule surveiller 80 lits… « Nous avons retrouvé quelques lettres. Elles vivaient vraiment au jour le jour. Dans leurs courriers, elles décrivent les périodes d’intenses activités lors des offensives sur le front mais aussi de jours plus calmes où elles avaient alors tout le loisir de penser et de se confronter à l’horreur dans laquelle était plongée l’Europe ».

De ce vaste complexe hospitalier, il ne reste plus rien si ce n’est cet immense cimetière militaire de six hectares situé sur la route courant vers Camiers. Chaque jour, des Britanniques par dizaine s’y arrêtent pour se recueillir devant la stèle d’un des 11 000 hommes enterrés ici. Il s’agit du plus grand cimetière militaire du Commonwealth en France. Toutes les nationalités de l’Empire britannique engagées dans le conflit y sont représentées. Parmi les stèles, on retrouve quatre infirmières tuées lors de bombardements en 1918. « Les Allemands visaient les chemins de fer et plusieurs hôpitaux avaient été installés près des voies » explique la conservatrice du Musée Quentovic.  

IMG_7686 

Un camp d’une extrême dureté

Ce cimetière, où règne aujourd’hui une sérénité presque déroutante, se situe sur l’ancien camp d’entrainement. « Un immense campement épouvantable », commenta Wilfred Owen, l’un des plus grands poètes britanniques de la Grande Guerre. « Une sorte d’enclos où l’on parque les animaux pendant quelques jours avant l’abattoir ».Les hommes débarquaient de Boulogne-sur-Mer, et après une marche forcée de 26 km, étaient soumis à un encadrement impitoyable, de la part des instructeurs, qui pour la plupart n’avaient jamais vu le front. En septembre 1917, une mutinerie éclata suite à l’exécution d’un caporal qui avait osé converser avec une infirmière… Les réprimandes des mutins sont allées pour certains jusqu’à la peine capitale.

Texte : Ludivine Fasseu

 

Bristish hospitals, jusqu’au 22 septembre, musée Quentovic. Connu pour sa formidable collection archéologique, le musée Quentovic d’Etaples, situé en    coeur de ville, ne pouvait passer à côté du conflit dont on commémore cette année le  centenaire. Dans l’une de ses salles, on peut d’ailleurs voir tout au long de l’année du matériel  médical datant de la Grande Guerre retrouvé lors de fouilles effectuées pour la construction  d’un quartier pavillonnaire. Dans sa nouvelle exposition temporaire, « British Hospitals », le  musée revient sur l’importance du camp sanitaire d’Etaples pour les forces alliées  britanniques. A travers de nombreuses photographies et cartes postales anciennes, le  visiteur découvre l’organisation complexe qu’il a fallu mettre en place pour accueillir tous  les blessés, l’engagement des infirmières, la vie dans les hôpitaux mais aussi, les blessures, les centres de convalescence et l’après-guerre… Au lendemain du conflit, 8 millions de mutilés, amputés et aveugles durent regagner leur foyer. Que se passa-t-il alors pour eux ?  Place du Général de Gaulle à Etaples-sur-Mer, tél. : 03.21.94.02.47.

Library and Archives Canada

Library and Archives Canada

 

  • août 01 / 2014
  • 0
Petites histoires de la Grande Guerre

Ennemis dans la bataille, unis dans la mort…

ambiance_jardins2

C’est presque par hasard que j’ai découvert ce cimetière perdu dans la campagne de Mons en Belgique. Et je dois dire que je ne m’attendais pas à un tel choc. Oubliée des livres consacrés au premier conflit mondial, cette région du Plat Pays fut pourtant l’une des premières à trinquer. Pour s’établir dans le nord de la France, les Allemands envahissent la Belgique -raison d’ailleurs pour laquelle l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne- et la bataille de Mons le 23 août 1914 fut l’une des dernières avant que les Allemands franchissent la frontière. Pourquoi ce cimetière m’a t-il plus marquée qu’un autre ? Vous allez comprendre en lisant les quelques lignes qui vont suivre.

Un jour, alors que je venais de rencontrer une représentante de la Commonwealth War Graves Commission à Beaurains, structure qui s’occupe de l’entretien des cimetières militaires de l’Empire Britannique, je repris la route, la tête pleine d’images. Les paysages défilaient, Bruce Springsteen me fichait la chair de poule avec son Street of Philadelphia et je songeais à ces soldats embarqués dans une guerre qui semblait les dépasser. « Plus de un million de victimes rien que pour l’Empire britannique » venait de me livrer Nelly Poignonnec, en charge de la communication de la CWGC. Un million, c’est à peu près la population de la métropole lilloise, ou deux fois la population actuelle du Luxembourg.

Parmi tous ces hommes, lequel est mort en premier ? Où est-il tombé ? Et dans quelles conditions ? Pourquoi je pensais à cela, je n’en sais rien.

Une fois rentrée, je me suis mise à fouiller dans les livres, à consulter internet et je suis tombée sur un nom : John Parr, 4e bataillon du régiment de Middlesex[1]. John Parr est le premier Britannique à être tombé près de Mons en Belgique, le 21 août 1914. Il repose à jamais au « St Symphorien Cemetery ». Le carnet et le stylo dans le sac, me voilà partie pour un petit périple chez mes voisins belges.

steles_allemandes_britanniques2

Drôle de cimetière

En plein coeur de la campagne de Mons, le cimetière de Saint-Symphorien reçoit la visite de nombreux Britanniques au vu des témoignages inscrits dans le registre à l’entrée et des visiteurs qui m’entourent. Pourtant, une chose saute immédiatement aux yeux lorsque l’on foule les pelouses bien entretenues, il y a ici un grande nombre de tombes allemandes. Quelques marches mènent d’ailleurs à un obélisque sur lequel on peut lire l’inscription suivante : « In memory of the German and English soldiers who feu in the action near Mons on the 23rd and 24th August 1914 ». The German and English soldiers… Un mémorial commun ? Bien sûr, il n’est pas rare de trouver quelques tombes allemandes dans les cimetières du Commonwealth mais cette fois, c’est différent. Je le sens.

« Ce cimetière est unique en son genre » confirme Corentin Rousman en charge des commémorations de 2014 pour la ville de Mons. Devant mon émotion, Corentin entame ses explications. « Son histoire est pleine de symboles. Alors que la guerre bat son plein, un soldat allemand erre dans les champs à la recherche d’un terrain pour enterrer les restes des corps de ses camarades tombés pendant la première bataille de Mons en août 1914. Il croise par hasard Jean Houzeau De Lehaie, un botaniste Montois qui décide de venir en aide au pauvre soldat. Le Belge propose de lui céder des terres à une seule condition : qu’elles deviennent un cimetière pour toutes les nationalités, sans exception. L’Allemand acquiesce. Les autorités locales également. Aujourd’hui, les corps de 284 soldats allemands reposent aux côtés des corps de 229 militaires du Commonwealth » explique Corentin.

obelisque

Composé de petits jardins, le cimetière militaire de Saint-Symphorien respire aujourd’hui la tranquillité. Particulièrement boisé, il multiplie les ambiances et zones de recueillement. Des conifères en tout genre font face à quelques essences plus rares comme le cerisier du Japon.

Des Anglais, des Allemands, des Canadiens… On pourrait s’y balader de longues minutes et imaginer l’histoire de tous ces soldats morts pour défendre leur drapeau. Devant la poésie des lieux, j’aurai presque oublié le pourquoi de ma visite. « Vous voulez voir la tombe de John Parr ?» coupe Corentin. « Oui c’est vrai… »

 

John, George et tant d’autres

john_parr  steles_allemandes_britanniques

La tombe de ce cher John se révèle particulièrement fleurie. Une couronne de coquelicots et quelques petits messages trônent devant sa stèle. « Il aurait menti sur son âge, on pense qu’il n’avait que 16 ans » lance Corentin. A 16 ans, mes préoccupations étaient bien loin de celles de John. L’adolescent est mort deux jours avant la bataille de Mons, le 21 août, m’explique Corentin. « Il faisait une ronde à bicyclette et repérait la zone. L’ennemi ne lui a laissé aucune chance, il est mort par balle ». Les soldats n’avaient pas encore commencé à combattre que la guerre faisait déjà des morts. Deux jours après le décès de John, la bataille de Mons fit près de 5 000 victimes et se solda par la retraite de l’armée britannique. « Elle signa la fin de la bataille des frontières. Les militaires allaient bientôt se parquer dans des tranchées pendant de longs mois ».

Face à John, George Edwin Ellison, 40 ans. Il aurait pu être son père. Lui est mort deux heures avant la fin de la guerre et on le considère comme le dernier Britannique tué sur un champ de bataille. Son épouse Hannah Maria Ellison a longtemps dû se lamenter sur le sort de son mari. Pourquoi si près de la fin ? « On savait que la guerre était terminée mais les Britanniques voulaient récupérer Mons coûte que côute, pour le symbole sans doute » explique Corentin. « Pour leur filer une dernière raclée » ose-t-il à peine ajouter. Mons devient alors un symbole : le début et la fin de la guerre pour les Britanniques. Triste symbole. Mais la boucle est bouclée.

Si l’on s’en tient aux dates des stèles dont certaines affichent le 20 novembre 1918, Ellison fut le dernier Britannique à périr sur le champ de bataille mais pas le dernier à mourir de la guerre. « Les suites de blessures ou les ravages de la grippe espagnole » précise le guide. Finalement, chaque stèle raconte son lot d’histoires, tragiques malheureusement. Derrière celle du soldat allemand Niemeyer, distingué de la Croix de Fer, se cache l’histoire d’un homme qui n’hésita pas à se sacrifier en se jetant à l’eau pour actionner le mécanisme d’un pont et livrer le passage de ses troupes. Niemeyer fut tué en réalisant son exploit tout comme, quelques mètres plus loin, l’officier britannique Dease décoré de la Victoria Cross, qui lui perdit la vie en défendant le pont de Nimy sous une rafale de balles. Et que dire de George Lawrence Price, canadien, tué à l’âge de 25 ans à Ville-sur-Haine près de Mons, le 11 novembre 1918 à 10h58, soit seulement deux minutes avant l’application au front du cessez-le-feu ? Rien. Aucun mot ne me vient à l’esprit. Que dire ?

 

Texte : Ludivine Fasseu

 

S’y rendre : avenue de la Shangri, 7032 Spiennes (Mons).

Bon à savoir : Le cimetière accueillera quelques commémorations pendant le Centenaire de la Grande Guerre dont une très grande organisée par la Couronne Britannique le 4 août 2014. Plus de détails sur les commémorations : www.mons.be/decouvrir/histoire/1914-1918/commemorations-2014

 

[1]    John Parr est le premier soldat britannique à trouver la mort, le premier mort de la Grande Guerre serait le caporal Peugeot tombé à Joncherey le 2 août 1914.